ACTU MUSICALE // We Out Here Festival

We Out Here Festival 2019, le report

Lorsqu’il s’agit de nommer instinctivement la scène musicale la plus excitante du moment, chez Haya comme ailleurs la réponse ne se fait pas attendre : UK JAZZ !

Car de scène, ce courant musical qu’on peine timidement à nommer autrement, en combine tous les attraits. Cela fait bientôt cinq ans qu’on voit apparaitre artistes, groupes, labels mais aussi clubs, disquaires, émissions de radio et même une école, Tomorrow’s Warrior, active depuis le début des années 90, se rattacher à un seul idéal : ré-insuffler au jazz british et au jazz tout court un peu de liberté.

Faisant de Londres sa capitale et de Peckham son épicentre, le mouvement rayonne alors dans toute la Grande Bretagne, offrant à l’un des genres musicaux contemporains les plus anciens une nouvelle jeunesse. Partagé entre le conservatoire et le dancefloor, la scène UK Jazz reproduit ce que l’Angleterre sait faire de mieux : un extraordinaire mélange de cultures donnant lieu à une hybridation aussi diverse que passionnante.

Sorti en février 2018 sur Brownswood Recordings, l’un des labels piliers de la scène, la compilation We Out Here venait acter l’existence et la diversité d’un mouvement au pic de sa créativité qu’on pensait alors difficilement dépassable tant le jazz parait peut propice à convaincre les foules.
Impossible n’est pas british ! Un an après, le disque (accompagné d’un documentaire) ne se lassant toujours pas de convaincre le monde entier de la vitalité londonienne et ayant propulsé la balade Abusey Jonction du collectif Kokoroko dans les sphères des hits youtube (32 millions d’écoutes alors que les autres morceaux peinent à dépasser les 100 000 vues), Gilles Peterson annonçait la création d’un festival du même nom qui promettait de rassembler tout l’esprit de ces dernières années en un seul endroit.

À la seule vue d’un titre si prometteur, les aficionados réservèrent leur weekend et virent s’écouler lentement les jours jusqu’aux premières informations concernant la programmation.
Comme prévu, une grande partie de la très riche scène UK jazz était présente sur l’affiche, ainsi que nombre d’artistes habitués des ondes de WorldWide FM. Gary Bartz, Kokoroko, Tirzah, Shabaka Hutchings et ses deux formations, Kojey Radical, Theo Parrish, Nubya Garcia… pour ne citer que les plus connus.

Difficile d’imaginer à quoi pourrait bien ressembler cette première édition en tant que français habitués à l’ambiance intimiste du WorldWide à Sète et bien loins de la ferveur londonienne. Pourtant, pas moins de 11 scènes réparties dans une immense vallée et des milliers de festivaliers équipés étaient au rendez vous. D’abord surpris par l’idée qu’un événement sans énorme tête d’affiche et reposant sur le savoir faire de programmateurs (dont Gilles Peterson, véritable influenceur s’il en est) fasse se déplacer une foule à la simple évocation de leur patronage, nous avons rejoint Huntingdon, oubliant l’idée d’une messe intimiste entre connaisseurs au profit d’un Glastonbury pointu quoiqu’un peu impersonnel.

On comprend que les anglais de tous âges pratiquent le festival boueux une bonne partie de leur été quand on les observe évoluer d’un pas naturel dans ce qui peut nous paraitre comme un événement plus attentif aux recettes qu’au confort de ses visiteurs. Mais c’est sans compter sur cette incroyable culture de la musique si propre au Royaume Uni qui ferait d’une rave dans une étable un paradis pour mélomanes.

Pluvieux et rythmé, le vendredi soir fut pour nous l’occasion d’appréhender les nombreux recoins du festival dont l’un à l’orée d’une forêt où sévissait Alexander Nut mais aussi la formidable complicité qui régnait entre Objekt et Call Super, résolument la paire de DJ la plus talentueuse du moment.
Regroupés autour du lac et des nombreux baigneurs, le samedi était ensoleillé et propice au live. Dans le désordre, la confirmation Kokoroko (mais où est passé Oscar Jérôme ?), les très bonnes surprises Mandarin Dreams et Maisha sur la grande scène, un DJ set de Gillou, une carte blanche au label Whities avec un B2B sauvage de Tasker et Minor Science et surtout un concert magistral de Moses Boyd Exodus, rejoint par Binker Golding nous offrant l’illustration parfaite de cette scène composé de solistes géniaux jouant un peu partout et avec tout le monde.
Enfin, un dimanche pas en reste avec l’un des grands moments du festival pour Sons Of Kemet et une célébration des diggers cinquantenaires du Dingwalls dans la tente audiophile. Sans oublier l’un des moments récurrents les plus forts du weekend : “Tomorrow’s Warrior presents” soit les élèves de l’école susnommée présentant leurs travaux en cours, ce qui nous aura rassuré sur le futur de la production musicale anglaise.

Pour une première édition, le We Out Here festival frappe fort et juste en convoquant l’essentiel d’une scène archi-bouillonnante à une gigantesque réunion de famille sans toutefois réussir à conserver la sève intimiste de celle-ci. On reste tout de même impatients de découvrir la suite !

Ron ID.