ACTU MUSICALE // Lala &ce – Le son d’après

Lala &ce, le son de l’été

En 2019, le tube de l’été est devenu une notion fluctuante, malmené par les services de streaming et les enceintes portatives ramenant chacun à sa chapelle et créant une diversité propre à chaque clan. Parfois tout de même, le football aidant aussi, un refrain enivrant pénètre toutes les couches sociales et vient s’imposer comme l’hymne estival par excellence. Pourtant cette année, rien de tout ça, on a eu beau chercher, on aura trouvé que des bribes de bangers peu rassembleurs ou des hits en puissance abandonnés sans raison. On se tournera donc vers une notion fiable et récurrente : l’album de l’été.

Ici, pas question de convergence tant le format même est devenu caduque pour une bonne partie de la société. Alors tant pis, confortons nous dans nos micro scènes qui n’empêchent pas, Dieu merci, le partage et la confrontation aux autres. Des tonnes d’exemples nous viennent en tête concernant cette catégorie sans règles, ne respectant ni l’actualité, ni la couleur musicale, seule la vibe à l’instant T comptant. Mais quand même, en sortant “Le son d’après” début juin 2019, son premier projet officiel faisant suite à une salve assez restreinte de morceaux youtube et une mixtape en rassemblant d’autres, on se dit que Lala &ce prévoyait bien d’installer son univers dans nos oreilles bronzées.

 

Apparue sur la carte du rap soundcloud il y a trois ans, la lyonnaise commence véritablement à faire parler d’elle et ses lentes comptines codéinées en 2017 avec notamment Cabriole 78, retiré puis ré-uploadé sur différentes plateformes, comme le veut la tradition du rap cryptique de la cité des gones. Car même si désormais londonienne, Lala &ce garde de sa ville natale quelques traces bien audibles dont cet univers étrange, communautaire voire sectaire et bien sûr obnubilé par la lean, véritable amorce créative de cette scène. Proche du collectif tentaculaire Lyonzon dont l’ombre plane sur une bonne partie de la scène lyonnaise et membre active du 667, un des crew les plus excitants des cinq dernières années, elle collabore avec nombre de ses congénères, dessinant par de multiples feats une carte permettant de comprendre son ancrage au sein de la ville.
Avec l’annonce de son départ du clan de Freeze Corleone le lendemain de la sortie de son projet, elle accentue d’autant plus sa filiation avec l’un de ses collègues le plus récurrent, le fameux Jorrdee, co-créateur de La Secte, l’un des nombreux surnoms de ce crew mystique, véritable centre de formation pour la lean music.

 

Avec ce dernier Lala &ce partage un goût certain de l’expérimentation et des paroles susurrées, à la limite de la compréhension qui évoque un langage inédit, modelé pour abolir les frontières, en tout cas au moins celle séparant la France de Londres. Mais au delà des étrangetés qu’elle accumulait dans le passé, “Le son d’après” réussit à dépasser ce stade et offre une véritable ride désabusée, pleines de rires étouffés, riche en moments de grâce, bien plus accessible et adaptée à cette saison brûlante.
En sa compagnie, l’été se passe doucement mais dangereusement, largement défoncé sur un transat à se repasser les dernières nuits électriques faites de sexe et d’autres joyeusetés prohibées. Tout est flou, vaporeux et plutôt enjoué mais si ralenti qu’on pressent la noyade arriver. L’univers vénéneux qu’arrive à développer et conserver Lala &ce sur ce long format tient du tour de force tant il est fidèlement respecté et décliné en bangers, balades et autre mélodies aigres-douces livrées par un panel de producteurs complètement au fait de son personnage.

Un univers décliné dans ses textes (et la cover) ou l’amour enfumé occupe une large place et délimite un agenda qu’on serait tenter de respecter à la lettre lors de ces épisodes de chaleurs incendiaires. Du sexe, de la drogue et les deux ensemble si possible (« J’suis sur sa langue comme LSD ») mais aussi une assurance à toute épreuve qui prouve que rien ne sert d’hurler à 140BPM pour faire suer la concurrence, Lala &ce se mue en Serena Williams de l’egotrip et claque tout le monde, en français ou en anglais.

Piste favorite : Wet – Drippin’ (à retrouver dans La Sélection Maison du mois d’août)

Ron ID.

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